Bienvenue à ‘Kamkata,’ village agricole émergent

Bienvenue à ‘Kamkata,’ village agricole émergent

Start a dialogue!

Le village ‘Kamkata’ est situé dans la région du Centre au Cameroun. Cette communauté agricole est située à 160 km à l’ouest de Yaoundé, la capitale du pays. Ce village qui compte aujourd’hui environ 3000 habitants, tous engagés dans l’agriculture, reçoit les pionniers à la fin des années 90, attirés par la fertilité des sols.

Cette localité présente une variété agro écologique constituée de forêts et savanes arbustives qui favorisent la culture d’une grande variété d’espèces végétales, dont des cultures de rente, maraichères et vivrières. En ce début de saison agricole, les jeunes plants de maïs, ignames, arachide, pistache et autres tubercules affichent fière allure. Les cacaoyers adultes sont en floraison et divers arbres fruitiers, notamment les manguiers, pruniers, orangers, goyaviers, citronniers ainsi que des palmeraies en maturité s’ajoutent au charme.

De part son attractivité, ce village cosmopolite est habité par des gens venus de l’ensemble du pays à la recherche de l’or vert. Ils s’y sont constitués en Groupe d’Initiative Commune pour défendre leurs intérêts et l’Etat y déploie des agents vulgarisateurs régulièrement pour conseiller et accompagner les producteurs. La production annuelle de cacao dans ce village est passée de 213 tonnes en 2018 à 346 tonnes en 2019.

En cette période d’incertitudes relative à la pandémie du Covid-19, les mesures de distanciation sociale y ont été adoptées et les interactions avec les centres urbains réduites à l’essentiel. Nous y avons visités quelques exploitations et vous présentons ici le profil de trois agriculteurs.

Ousmaïla Bamboyé, 50 ans, mieux connu sous le pseudonyme ‘Malam’ est originaire de Kumbo dans la région du Nord Ouest. Il arrive à Kamkata en 2005 en qualité de guérisseur traditionnel, invité à prodiguer des soins à des agriculteurs malades. Y étant, il découvre les vertus de l’agriculture par d’importants revenus générés par culture et la vente du cacao. Il décide de s’y installer bravant l’opposition de sa famille restée dans sa ville natale. ‘A l’époque, il n’y avait aucune maison ici. Tout était provisoire et nous dormions sous des troncs d’arbres’ explique t’il. Il se lance avec une parcelle initiale de 2 hectares pour se retrouver aujourd’hui avec presque 20. Il est devenu grand cultivateur de cacao, utilisant une main d’œuvre saisonnière. Ses revenus lui ont permis de construire une grande maison dans sa ville natale et d’offrir une mosquée à la communauté. Il assure aussi l’éducation de ses enfants, la nutrition et la santé de sa famille et de ses parents sans difficulté. Il a évolué de son statut initial de guérisseur traditionnel à celui d’agriculteur prospère. Il a été distingué comme agriculteur modèle par le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural. Monsieur Bamboyé opère une petite boutique de vêtements et produits de beauté à Kamkata. Il ambitionne de développer sa chaine de production par l’acquisition d’un pressoir à huile de palme pour traiter directement les noix de sa palmeraie, ainsi qu’un véhicule utilitaire pour acheminer les produits agricoles plus facilement vers les marchés.

Ngah Sulemanu, 43 ans, est photographe professionnel reconverti dans l’agriculture. Il part de Bafoussam sa ville de résidence à l’ouest du pays en 2016, flatté par les bonnes nouvelles des agriculteurs et agricultrices Kamkata. Afin de profiter aussi des bienfaits de la terre pour assurer le bien être de sa petite famille, il s’y installe la même année en achetant une parcelle de 3 hectares de forêt vierge dans le quartier dénommé ‘Cable’ où il se lance dans la culture mixte de cacao, bananier plantain, manioc et macabo. Pour rentabiliser son temps libre à Kamkata, Monsieur Ngah a ouvert un studio photo au quartier dit anglophone où se forme déjà un centre commercial. Il permet ainsi à ses collègues agriculteurs et agricultrices de se faire des portraits souvenir sur place. Il utilise une main d’œuvre saisonnière pour l’entretien de sa plantation et la récolte. Une motivation supplémentaire issue de sa première production de cacao. Ces revenus lui ont permis d’acquérir 5 autres hectares de terre en savane où il ambitionne de se lancer dans la culture de maïs à grande échelle.

Madame Mavegam Ouembe Henriane Stéphanie, 38 ans, est psychopédagogue et passionnée d’agriculture, une passion héritée de parents agriculteurs. Elle fait partie des nouvelles arrivées à Kamkata où elle a acquise une parcelle de 1,5 hectare de forêt vierge dans la zone de ‘New Town’ en 2018 et s’y est rapidement investie dans la culture du cacao et du macabo. Après débroussaillage, 1500 pieds de cacao et 370 rejets de banane ont été mis au sol. Elle dispose de 300 autres jeunes plants de cacao en pépinière à transplanter incessamment. « en plus de cela, je vais faire planter 300 autres rejets de bananier plantain parce que la demande est très forte à Yaoundé et ma famille en consomme aussi beaucoup » déclare-t-elle avec assurance. Pour la bonne santé des plantes dans une exploitation vierge au départ, elle y organise trois séances de débroussaillage par an. La suppression des grands arbres y est progressive pour accroitre l’aération et la luminosité. Elle n’y va que de temps en temps pour s’exercer et encourager les ouvriers qui opèrent sur place. Elle entend augmenter sa superficie par l’acquisition à court terme d’un grand espace en savane pour accroitre sa production des cultures de subsistance.

Malgré ces acquis en matière de production, le village reste fermé du fait de l’absence d’énergie électrique, la dépendance à une énergie solaire embryonnaire et le difficile accès au réseau de téléphonie mobile. Seul l’agriculteur peut rechercher le réseau afin de joindre un correspondant en ville. Le principal défi dans l’ensemble reste les pertes post récolte notamment des bananes et plantains, lié au difficile accès à ce village agricole.

Avec un véhicule tout terrain, le parcours depuis Yaoundé s’effectue en 4 heures de temps en moyenne. Pour le moment, seule la section de route entre Yaoundé et la ville de Ntui, capitale départementale du Mbam et Kim (80 km) est bitumée. La suite jusqu’à Kamkata est un parcours du combattant, notamment en cette saison de pluie. Toutefois, les travaux d’aménagement de la Route Nationale N° 15 reliant la ville de Batchenga dans la région du Centre à la ville de Tibati dans la région de l’Adamaoua (380km) avec la construction d’un pont de 400 mètres sur la rivière Sanaga à Nachtigal désenclaveront davantage cette zone de production agricole, en réduisant la portion de route non bitumé à seulement une quarantaine de kilomètres. Alors, le traitement périodique des bourbiers et l’aménagement des pistes de collecte dans le village verront certainement l’accroissement de la production, et l’amélioration des revenus et conséquemment le bien être des agriculteurs et agricultrices.

Un reportage de Meli Rostand

Un commentaire


  1. Le potentiel agricole du Cameroun est immense. Vivement, que les grands projets du réseau routier s’achèvent afin que les produits agricoles puissent regagner les grandes métropoles en état. La banque agricole devrait se rapprocher d’avantage des agriculteurs pour leur apporter solution en terme de logistique, conservation et machine de transformation primaire à l’égard des pressoirs. Courage aux braves agriculteurs.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *